20-4-2026-Le scénario est connu. Il est identique. Depuis le Mali à Madagascar, en passant par le Burkina Faso et le Niger. Les mécontentements des populations sont récupérés par des soldats en soif de pouvoir. Le tout est rapidement joué. Et le peuple est servi de la même rhétorique.
Une loi martiale est vite instaurée, appuyée d’exécutions sommaires, après l’arrestation ou la fuite du Président légitime. S’en suit alors la formation d’un Gouvernement dirigé par les putschistes. Rarement, les civils sont associés à toutes les importantes décisions qui les engagent. Même les organisations souvent à l’origine des soulèvements sont ignorées.
Au Mali, après avoir suscité plusieurs mois de contestation populaire contre le pouvoir du Président démocratiquement élu, Ibrahim Boubacar Kéita, qui ont fini par précipiter la chute de son régime, le 18 août 2020, l’Imam Mahmoud Dicko a fini par déchanter vis-à-vis des dirigeants de la junte militaire qui peinaient à apporter des réponses souhaitées aux nombreuses attentes des Maliens.
Un temps favorable aux militaires putschistes qui ont pris le pouvoir à Bamako, ce guide religieux a fini par fuir le Mali pour trouver refuge en Algérie. Où il est retranché dans l’amertume, hors de son Mali natal. Désormais, il a pris des positions très critiques contre la même junte qui le considère comme ennemi juré.
(Grâce à ses prêches orientées tous les vendredis contre le Président Ibrahim Boubacar Kéita, l'Imam Mahmoud Dicko a réussi à mobiliser les Maliens pour renverser son régime.)
Pareil pour l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, cet autre civil qui, après s’être mouillé jusqu’au cou et après avoir contribué à la confortable installation des putschistes au pouvoir, il est tombé en disgrâce pour aujourd’hui se retrouver en résidence surveillée.
Les cas sont légions également au Burkina Faso et au Niger où les premiers soutiens ont fini par découvrir la duperie des hommes en armes. A la clef, la dissolution des partis politiques et la mise en berne des activités des organisations de la société civile à Ouagadougou.
Porté à bout de bras par la Génération Z du Madagascar, le Colonel Michaël Randrianirina, chef de la junte malgache, a fini par s’illustrer en pire ennemi de cette génération dont les mouvements d’humeur avaient fini par avoir raison du pouvoir du Président Andry Rajoelina, le 12 octobre 2025. Conséquence de plusieurs semaines de manifestations.
En effet, les arrestations musclées de quatre militants de la Gen Z, le dimanche 12 avril 2026, ont fini par éroder le reste du capital de confiance et de complicité entre la junte et la jeunesse malgache qui avait conduit au départ du Président Rajoelina et la prise de pouvoir par le Colonel Michaël Randrianirina.
Parmi les jeunes interpellés figure Herizo Andriamanantena, un des leaders du mouvement, à l’origine d’une marche pacifique qui avait réuni, deux jours auparavant, quelques dizaines de personnes dans les rues d’Antanarivo, pour dénoncer les dérives de la junte et exprimer la déception de la jeunesse dont les attentes en termes de changement sont restées sans réponse depuis maintenant 6 mois que dure le pouvoir des militaires.
Ces différentes observations doivent servir de bréviaire à la société civile et la jeunesse de l’Afrique qui souvent, font naïvement le lit des aventures militaires et qui finissent par faire le frais de la dictature de soudards sa foi ni loi. Les mécontentements contre les dirigeants ne doivent pas servir d’opportunités à des apprentis dirigeants qui finissent par imposer leurs petits rêves révolutionnaires contre le gré des populations.
Aujourd’hui, au carrefour du bilan des différents régimes parvenus par effraction au pouvoir, que retenir des actions posées en faveur de leurs populations ? Qu’ont-ils réellement apporté aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger à qui la promesse avait été faite d’annihiler le terrorisme quand, malheureusement ce phénomène continue de gagner davantage de terrain cinq après l’arrivée des putschistes ?
La jeunesse, encore moins la société civile africaine doit pouvoir donner dos à tous les militaires en mal de pouvoir et ne pas servir de pont à des juntes sans programmes, ni projets pour les populations. L’expression du mécontentement contre un quelconque dirigeant ne doit occulter l’amour pour son pays.
Par Abdoul Kader Soumahoro